mardi 31 décembre 2019

From Venise with love, une aventure de SASSA, auteur de polars d'espionnage


Ces textes ont été écrits lors d'un récent séjour à Venise. Quand une image éclairait mon inspiration, mon smartphone la saisissait et mes doigts pianotaient quelques lignes dans l’aide mémoire de celui-ci. Je vous envoie ces quelques cartes postales.

Bonne lecture !


From Venise with love (1)


Le canot automobile blanc glissait sur les eaux sombres du Grand Canal. Le chauffeur qu’on lui avait envoyé à l’aéroport portait comme un gant de boxe son allure rugueuse de mafieux calabrais. Bien loin du cliché du gondolier vénitien ! Pourtant l’homme n’y prêtait aucune attention, il n’avait d’yeux que pour ceux gris vert de la femme qui l’accompagnait depuis sa descente d’avion. Le reste viendrait surement, mais plus tard.





From Venise with love (2)



La soirée s’annonçait agréable. La femme profitait avec délice des produits de beauté qui s’étalaient sur les marbres et ors de la salle de bain. Elle souhaitait se rendre encore plus séduisante. Les yeux perdus sur les lumières qui se reflétaient sur le canal, l’homme doutait que cela soit possible, mais les femmes sont ainsi faites. Il souriait tendrement à cette idée, quand une vibration de son smartphone le ramena à la réalité et l’avertit de l’arrivée d’un MMS. La webcam de l’hôtel Londra avait par hasard permis de repérer le « porteur du message » sur la riva degli Schiavoni. Il trainait à l’entrée d’une station de vaporetto à seulement quelques dizaines de mètres de sa position. Cela ne lui prendrait que quelques minutes pour détruire le maillon local de cette chaine infernale que son service combattait depuis de longs mois. La femme ne remarquerait probablement pas son absence. Une telle occasion ne se refusait pas. Il en serait quitte pour lui ramener un de ces bracelets de la boutique de l’hôtel qu’elle avait tant admiré, se dit-il en refermant délicatement la porte.


From Venise with love (3)


Plusieurs minutes séparaient la prise de vue de la diffusion des images. Le siège venait malheureusement de le lui confirmer. Le romantisme du Grand Canal ne serait pas perturbé ce soir par le bruit d’un corps tombant dans l’eau, le « porteur du message » s’était évanoui dans l’obscurité des ruelles adjacentes. Partie remise. Lui allait pouvoir rejoindre la femme aux yeux gris vert, et profiter de la beauté intemporelle de cette nuit.
NB : Ne pas oublier de passer par la boutique de l’hôtel.



From Venise with love (4)


SPECTRE ! L’homme sourit en pensant à l’éternel ennemi du James Bond cinématographique. Le quotidien posé sur la table lui avait masqué jusque là cet adorable octopode. La femme n’en avait aucun de tatoué sur sa peau mate. Aucune chance qu’il lui ait échappé lors de la nuit torride qu’ils venaient de passer. Avec l’aube, il l’avait abandonnée à son sommeil et était descendu prendre son petit-déjeuner. Ce matin, il se contenterait d’un thé. Pas question d’en rajouter avec un whisky, la journée promettait être longue. Il s’immergea dans les nouvelles en attendant qu’un des multiples serveurs surexcités qui courraient de toute part daigne venir s’occuper de lui. Venise serait toujours Venise.


From Venise with love (5)


Calle dei morti, la rue des morts. L’homme se demanda jusqu’à quel point c’était prémonitoire. À priori, c’était l’objectif, mais le pluriel n’était pas vraiment à son gout. Quand il faut y aller, se dit-il en déclipsant la languette de sécurité de son holster.


From Venise with love (6)


Il était ressorti sur ses deux pieds de la calle dei morti. Pas même une égratignure à ses chaussures, heureusement les délais de son bottier devenaient insupportables. L’autre n’avait pas pu en dire autant. « On » passerait dans la soirée récupérer le message qu’il venait d’intercepter. Avant cela, il aurait à nouveau le temps de perdre ses yeux dans ceux gris vert de la femme. Pourquoi pas, pensa-t-il en regardant la gondole s’éloigner sur le canal, aucune dame ne résiste à ce type de transport, surtout en sa compagnie.


From Venise with love (7)


En reposant son verre de Spritz, totalement incontournable ici, l’homme se dit que la soirée s’annonçait bien. « On » avait récupéré le message et il allait enfin pouvoir profiter de son séjour dans la Sérénissime. Dommage qu’elle ait une passion pour cette triste boisson, mais ses beaux yeux valaient largement ce sacrifice.


From Venise with love (8)


Les puissants de Venise ont inventé et amélioré pendant des siècles l’espionnage moderne tout en déambulant sous les yeux de ces dieux, saints et autres chevaux. Fort de cette réflexion, l’homme se dit qu’il aurait dû suggérer à C de financer ces quelques jours à venir grâce à son compte d’heures « formation ». Il sourit, il serait peu probable que la note de frais soit compatible avec son quota « formation ». Quant à demander une avance, dans son métier, la vie est trop courte pour envisager un quelconque crédit. À chaque jour, sa... son... ses... qu’importe. Il tendit la main à la femme qui l’accompagnait et l’entraina vers les rives du canal, un lieu si tranquille à cette heure. Elle le suivit, le serrant plus fort à chaque pas, les nuits sont si froides en cette saison.


From Venise with love (9)


Les lourdes vibrations du moteur tentaient de combler la solitude qui avait envahi l’habitacle du vieux motoscafo jaune. À la station San Marco, de riches touristes asiatiques, pourtant outrageusement massés sur le quai, l’avaient dédaigné, affichant un rictus dégouté devant l’aspect peu engageant des coulures de rouille recouvrant une peinture trop écaillée que complétaient à merveille les mines patibulaires et les vêtements souillés des marins. Pour être tout à fait honnête avec cette barcasse, la solitude n’occupait pas tout son habitacle. Dans un coin à l’arrière, un couple se tenait enlacé sur une des banquettes. Avaient-ils noté qu’ils étaient maintenant seuls à bord ? Probablement pas. Ils somnolaient, l’homme appuyé contre une vitre sale et la femme sur son épaule. Au loin, l’ile cimetière de Venise découpait à peine son ocre de fin de journée sur un bleu pastel entre ciel et lagune.
Ce n’était pas leur destination... à priori.



From Venise with love (10)


Un calme trompeur envahissait la place Saint-Marc. Venise retenait son souffle. Vauxhall Cross aussi. Deux jours déjà sans nouvelles. Leur homme était en vacances peut-être, mais quand même.


From Venise with love (11)


— De la neige pour demain, annonça l’homme en tournant la tête vers sa compagne.
Il rallumait son téléphone pour la première fois depuis deux jours et celui-ci démarrait en lui affichant les prévisions météo.
— Venise est une drôle de cité, il faut prendre un vaporetto pour retrouver du réseau, rajouta-t-il en laissant filtrer le sourire d’un adorable garnement.
Le genre de chenapan capable de couper toutes liaisons avec l’extérieur, en infraction avec toutes les procédures du service, pour les beaux yeux d’une femme. Elle le regarda partageant son air malicieux. Pendant cet intermède de quelques heures, le monde n’avait plus existé pour eux...
Un bip rageur du smartphone mit fin à leur échange de regards.


From Venise with love (12)
 

 
Acqua alta place saint Marc ! L'homme fronça les yeux en découvrant la situation. Résultat, le Quadri était inaccessible sans bottes en caoutchouc. Le cuir, même le meilleur, n'apprécie guère l'eau de mer et les cuissardes fauve de la femme la parait avec trop d'élégance pour mériter pareil traitement, se dit-il en cherchant rapidement une solution. Il y avait bien le Florian, en face, mais elle n'aimait pas l'endroit. Bien connu du personnel du lieu, l'homme leur avait pourtant obtenu une table dans une des vraies salles, et non celles pour les touristes chinois. Malgré ça, elle n'avait pas apprécié. Elle y trouvait tout trop petit, les chaises, les tables, jusqu'aux tasses de chocolat. L'homme s'était dit avec un sourire qu'il aurait dû lui laisser la note. Elle aurait pu s'apercevoir que tout n'y était pas si petit. Pas sûr toutefois qu'elle en ait plus apprécié le lieu, elle n'avait pas le gout du luxe tapageur. Pour une fois, ils se contenteraient du petit-déjeuner de l'hôtel, conclut l'homme tout en se demandant où il allait bien pouvoir acheter son paquet de cigarettes.



From Venise with love (13) 


L’homme avait quitté les yeux gris vert à l’entrée de la zone de sécurité. Ciao bella...
Peu de chance que le temps soit pire à l’arrivée, pensa-t-il. Il se laissa aller en arrière, abandonnant le hublot et son paysage détrempé à un passé déjà révolu. Voire remplacé, l’hôtesse lui avait souri.

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