dimanche 2 juin 2019

J - 84 Exodus, Nakba, qu'importe à la fin


J - 84

Exodus, Nakba, qu'importe à la fin
(Visions de futurs sombres)

— Nous sommes les derniers, nous devons y aller, monsieur, indique le militaire au béret bleu horizon.

— Tous ces sacrifices, tous ces efforts, tout ça pour rien. Nous voilà de nouveau condamnés à l’errance, soupire l’homme au visage marqué et à la barbe poivre et sel.

C’était écrit dès le début, pense le militaire en regardant la personne en face de lui, entourée de deux gardes du corps, repositionner son couvre-chef si caractéristique.

— C’est la terre de nos ancêtres, continue le vieil homme en s’appuyant sur un de ses gardes, un jeune homme brun à la peau mat qui le soutient pour l’aider à marcher.

 

— Peut-être, réagit ce dernier avec la vibration sourde d’une colère contenue dans sa voix, mais notre aveuglement nous a fait oublier les leçons de l’histoire. Les premiers d’entre nous sont venus ici avec le rêve d’y construire une société nouvelle autour de l’idée du partage, et petit à petit nous l’avons transformée en une société du rejet. Les armes ne font pas tout. Quel orgueil de croire que les belles armures de nos exosquelettes pouvaient vaincre éternellement tout un peuple ! Comme les croisés, il y a mille ans, aujourd’hui nous quittons notre dernière forteresse en terre Sainte.

Son collègue, le deuxième garde, lui jette un regard furieux.

— Il est temps d’y aller, rabbi Low, rajoute le premier usant de nouveau d’un ton respectueux vers le vieil homme.

Au loin, les navires humanitaires s’éloignent l’un après l’autre la rade d’une Acre en ruine. Le rabbin se retourne une dernière fois vers la ville.

— Nous reviendrons, lance-t-il vengeur avant de grimper la coupée.

— Vieil imbécile fanatique, grogne une trop jeune femme soldat, le bras encore sanguinolent d’un ultime combat.

L’officier onusien qui ferme la marche n’ose pas regarder la blessée couchée au milieu d’une coursive encombrée de mourants. Son regard de vieux militaire n’exprime rien, mais dans son esprit des larmes coulent devant une jeunesse sacrifiée depuis tant d’années.

Peut-être qu’un jour, les religions nous apprendront à nous aimer dans la tolérance, murmure un dernier espoir au fond de son cœur, mais ce n’est pas pour demain, rajoute son intelligence.

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