vendredi 8 mars 2019

J - 169 Deux tubes dans un Kangoo


J -169

Deux tubes dans un Kangoo

Dans son rétroviseur, l’homme distingue deux cylindres de tailles semblables dans la voiture qui le suit.

Un derrière le volant. L’autre sur le siège passager. Une grille anti-chien les sépare de l’arrière de l’habitacle. Une masse de poils, langue pendante et bave qui coule, doit surement dormir sur le plancher en tôle du véhicule lancé à pleine vitesse sur l’autoroute des retours.

Le cylindre de gauche pivote vers celui de droite. Un trou rond se forme et s’agite. Celui de droite ne bronche pas. Ses lunettes de soleil demeurent fixées sur le macadam qu’avale sa camionnette. Peut-être n’a-t-il rien entendu ? C’est bruyant ces machines-là, surtout à haute vitesse. Ou alors, les années passant, a-t-il perdu l’habitude d’écouter le gargouillement qui jaillit du tuyau voisin, euh, voisine. En effet, le cylindre de gauche se termine par une masse blonde en forme de cigarette à bout filtre sous laquelle s’accrochent des lunettes de vue à la féminité peu discrète, mais affirmée, d’un sigle de grand couturier. L’extrémité du tube de droite n’a rien à lui envier. Il forme une plaine sans la moindre trace de pilosité, une calvitie qui chapeaute le cylindre glabre et sans aucune rupture d’un bouchon de liège, ces petites choses qui font si souvent pétiller les lunettes de soleil.

Le cylindre de gauche regarde de nouveau devant lui, le trou se comble, à droite rien n’a bronché. Le Kangoo continue sans fin sa course folle dans le jour qui décline. 

Josette et Lucien rentrent de weekend (avec Médor).

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