dimanche 31 mars 2019

J - 146 Vous n’oseriez quand même pas ?


J - 146

Vous n’oseriez quand même pas ?

« La lumière violette qui baigne le lieu vacille un instant. Les dizaines d’écrans qui montrent le vide sidéral vibrent à peine. Très vite les étoiles reprennent leur place.

- Deux turbojets foncent dans notre direction, capitaine !

Serait-ce la fin, se demande l’homme en chassant un cheveu blanc sur son épaulette dorée. La croix de l’ordre du Centaure et celle de Jupiter brillent sur son uniforme impeccable. Debout, le dos droit et la nuque bloquée, l’officier se découpe telle une ombre terrible sur la passerelle de l’immense statocroiseur de la flotte jaune. Il pourrait utiliser les contremesures. À cette distance, ce serait largement suffisant. En a-t-il encore envie ?

- Turbojets à 2 minutes, capitaine ! hurle la voix métallique de l’ordinateur de bord.

 
Il garde la frontière de la république Bicéphale dont les maitres règnent sans partage sur la ceinture extérieure et ses mines-prisons aux millions d’esclaves. Son bâtiment est en mesure de repousser tous les assauts de ces moucherons de l’empire Centre-Cœur. Moucheron, d’où vient ce terme, s’interroge-t-il pendant une microseconde.

La république Bicéphale existe-t-elle encore ? Depuis plusieurs cycles, il n’a plus reçu aucune information via le réseau subatomique. Il a d’abord pensé à une panne. Chez lui ? Non, l’alpha-contrôle du vaisseau a confirmé que tout est ok. Sur un des relais subspatiaux ? Non plus, le ping est correct. Alors ? Avec le temps qui passe, une vérité s’impose, terrifiante. Le grand quartier général interstellaire, nexus du réseau, n’existe plus. La planète mère de la république a dû être anéantie par une attaque perfide des Centraliens.

Dans ce cas, ses ordres sont clairs : foncer au cœur de l’empire pour détruire la Terre et tous les cancrelats qui la peuplent encore. Cancrelats, qu’est-ce donc, nouvelle question fugitive. La fameuse dissuasion, celle qui devait sauvegarder l’équilibre du système.

- Turbojets à une minute, capitaine ! couine la voix imitant presque la peur que cette machine ne peut éprouver.

Il est seul à bord. Est-il le dernier maitre bicéphalien ? Peut-être reste-t-il des statocroiseurs dans l’espace ? Depuis des décennies qu’il pilote ce gigantesque engin spatial, il n’a jamais su s’il y en avait d’autres. La dissuasion à nouveau ! Ne pas penser qu’un autre puisse l’assurer à sa place, tout en se disant qu’on ne sera pas forcément le coupable de l’anéantissement si d’autres agissent en même temps.

Sa main glisse sur le tableau de commande et ouvre la trappe libérant l’interrupteur des contremesures. Ce détail réglé, il activera la procédure Armaguédon. Automatiquement, le vaisseau prendra la direction de son ultime cible. Durant ce voyage d’apocalypse, il se perdra une nouvelle fois dans le Requiem de Mozart. Jamais musique n’aura été aussi adaptée à la mission de cet outil de suprême vengeance. Le bâtiment interstellaire devrait atteindre sa destination au milieu des chants puissants du “Agnus Dei”. Dommage, il aurait aimé écouter ces chants divins jusqu’à leur fin.

- Impact dans 20 secondes ! murmure l’ordinateur.

Non, il ne sera pas le fossoyeur de la race humaine, se jure-t-il en refermant la trappe sans actionner les contremesures. Durant toutes ses années de vie en ermite, à bord du vaisseau, il a pris conscience de la beauté de l’humanité. S’il est prêt à mourir pour protéger les siens, il n’est pas prêt à commettre une telle abomination.

Une série d’explosions résonne le long de la coque du navire. Les contremesures ! L’alpha-contrôle les a déclenchées de sa propre initiative. L’ensemble des écrans s’éteignent à l’exception du plus grand d’entre eux. Il affiche “ARMAGUEDON”. Un sifflement envahit la passerelle. Je n’aurai même pas droit au bonheur du Requiem, pense l’homme à l’uniforme impeccable alors que la dépressurisation du vaisseau commandée par l’ordinateur l’entraine vers le vide sidéral.

- La République prime tout, gronde la voix métallique.

Le statocroiseur allume ses sept puissants moteurs et dans un éclair de lumière prend la direction de la Terre. »

- Eh voilà ! Ça se end comme ça. Non mais sérieux, mecs ! How ils ont osé publier cette archibouse ? Déjà la science-fiction c’était over black, mais fuck là, c’est def kill ! éructe un jeune blogueur boutonneux au centre de l’écran tenant dans ses mains le premier bouquin d’un nouvel auteur.

Six-millions de vues YouTube malheureusement ça vous expédie ad patres bien plus aisément qu’une biture, coincé entre Gainsbar et Bukowski sur Antenne 2 à la grande époque d’Apostrophe et de Bernard Pivot.  


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