lundi 7 janvier 2019

J - 232 Le naos d’Anshan (Iran 1978 1/3)

J – 232 

Le naos d’Anshan (Iran 1978 1/3)


Le 12 mars 1978, une équipe d’archéologues du département d’histoire de l’université de Téhéran reçoit un mandat du Shah d’Iran, Reza Pahlavi, pour mener des fouilles dans une partie souterraine d’Anshan, la première capitale de l’empire achéménide, peuple fondateur de la Perse antique. 

Ces fouilles ne trouvent pas leur justification dans une soif de savoir, elles résultent d’un calcul politique. Le régime lutte depuis le début de l’année contre une contestation intérieure qui prend de plus en plus la forme d’une révolution. La SAVAK, sa terrible police sécrète, en exécute régulièrement les principaux dirigeants, mais les forces de l’ordre n’arrivent plus à contrôler les foules de manifestants. Les conseillers étrangers du Shah l’ont convaincu que seule l’exhumation de nouveaux symboles d’une Perse antique victorieuse pourrait booster son aura et restaurer son autorité auprès de son peuple. 


 
Les archéologues sont menés par le professeur Mohseni. Son choix n’est pas dû au hasard, il est l’auteur de nombreux écrits sur les trésors perdus des premiers achéménides. L’homme s’engage avec enthousiasme dans cette tâche, suivi par une équipe qu’il a soigneusement sélectionnée. La crème des scientifiques iraniens du domaine s’installe donc à Anshan.

Pendant plusieurs mois, les recherches demeurent infructueuses, mais cela n’entame pas la passion des chercheurs. Coupés de tout, ils ne voient pas le pays autour d’eux s’enflammer et le sang se répandre dans les rues. Début septembre, la chance leur sourit enfin. Une légère secousse sismique met à jour un mur portant le sceau d’un roi inconnu dans la partie du sous-sol de la vieille ville qu’ils explorent. Ils sont tous d’accord, cette cloison masque une entrée. 

Le temps presse, à Téhéran on s’impatiente devant leur absence de résultats. De plus en plus souvent des motocyclistes leur délivrent des lettres en provenance du palais de Niavaran, la résidence impériale. Le ton devient menaçant et l’ombre du retrait du mandat se devine un peu plus à chaque missive.

Le professeur Mohseni est fébrile, il ne peut pas admettre l’échec de sa mission. Il sait qu’une telle chance ne se présente qu’une fois dans la vie d’un archéologue. Alors dans la nuit noire, il s’introduit seul dans les souterrains et brise sans vraiment prendre de précautions ce mur qui condamne le passage. Derrière, la surprise est à la hauteur de ses attentes. Il découvre ce qui ressemble à un naos, une petite salle réservée aux dieux dans les temples antiques. Une pyramide au sommet en or massif et à la base en basalte occupe l’espace central. Autour tous les murs sont enduits d’un crépi uniformément gris. Quelques parties de ce revêtement se sont fissurées et décrochées durant les siècles passés. Elles laissent apparaitre une surface de pierres noires veinées de rouge portant des inscriptions en bas-reliefs. La culture associée à cette construction et à ces inscriptions lui est totalement inconnue. L’ensemble dégage une puissance sans pareil. Chaque membre du groupe qui y pénètre le lendemain exprimera une même sensation, l'étreinte de quelque chose entre force implacable et terreur insidieuse.

Rendu euphorique par cette découverte, le professeur Mohseni se précipite en ville pour contacter le palais. Le retour à la réalité est brutal. La loi martiale vient d’être instaurée. Des centaines de personnes ont été massacrées durant les manifestations de ces derniers jours. Les arrestations sont légion. L’homme n’y prête qu’une courte attention. Qu’importe l’état actuel du pays, dans quelques années ou décennies on n’en parlera plus, alors que sa découverte traversera les siècles ! Nul n’a le droit de la cacher plus longtemps au monde entier, et surtout pas lui ! De nouveau emporté par son enthousiasme scientifique, il se démène comme un beau diable pour trouver un téléphone encore en état de fonctionnement. Autour de lui, les regards sont presque haineux, mais ils ne les voient pas. Enfin il parvient à joindre le secrétariat d’un des conseillers du souverain. À sa grande surprise, dès le lendemain une voiture avec escorte vient le prendre au campement et le conduit directement au palais de Niavaran. Rien ne filtrera de cette entrevue ni les participants ni le contenu des discussions.

Toutefois la mise à jour du naos d’Anshan ne fera l’objet d’aucune communication auprès de la communauté scientifique internationale.

(Texte original publié le 3 janvier 2019)

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