mercredi 30 janvier 2019

J - 205 San Salvador


 J - 205

San Salvador

Le cri de Juan restera longtemps gravé dans ma mémoire. Ensuite tous ont hurlé. De joie ! Moi aussi. Je n’aurais pas dû participer à cette allégresse. Elle exprimait mon échec. Celui de la mission que l’on m’avait confiée. Mais je n’avais pas pu. Dès les premières heures, j’avais su que j’en serais incapable. L’homme m’avait comme envouté. Son charisme, son aura, sa volonté sans failles. Celle qui nous avait fait tenir jusqu’à aujourd’hui.

 
L’époque ne convenait pas à cette découverte, m’avaient répété mes frères. Trop d’intransigeance chez ceux qui subventionnaient le projet de cet homme, m’avaient-ils dit, et j’étais d’accord. Ces barbares luttaient depuis tant d’années pour leur Foi. Ils avaient foulé de leurs pieds caparaçonnés tant et tant de beauté. Des merveilles avaient été brulées sans remords, des têtes avaient roulé sans pitié. Pour leurs chefs, aucune culture ne pouvait exister en dehors de leur Dieu. Si je partageais sans réserve le point de vue de mes frères, il leur avait fallu beaucoup de temps pour me convaincre de la nécessité de cette exécution. Ôter une vie n’est pas chose facile, ôter cette vie fut impossible.

Je croyais pourtant être prêt le jour où j’embarquais sur la Santa Maria. Je ne l’étais pas. De toute façon d’autres suivront, nous ne pourrons pas indéfiniment les stopper, m’étais-je répété à chaque fois qu’une opportunité s’était offerte. J’avais trop d’amour pour l’amiral.

Désormais, il est trop tard, ma faiblesse signe la fin d’un monde.

12 octobre 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique.

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