mercredi 20 septembre 2017

"Une trajectoire dorée", une nouvelle de SASSA



Quel parcours depuis l’Irlande !

Hier soir, le Premier ministre a confirmé ma nomination. Je suis le deuxième écossais à occuper ce bureau. 

J’aime la vue depuis cette fenêtre. Elle donne sur la nuit toujours brumeuse du cœur de Londres. Des lampadaires aux formes hors du temps y brillent tels des phares qui guident la barque de notre destinée.

La table en acajou et cuir burgundy vert de mon prédécesseur est restée là. Ces années ne prêtent guère aux dépenses inutiles. J’ai posé dessus un cadre au centre duquel est fixée une disquette informatique, unique souvenir de mon passé. À présent, seul l’avenir m’intéresse. 

Des ennemis nous guettent de toute part. La Russie n’a pas disparu. Le dragon chinois déploie ses ailes. Les États-Unis nous abandonnent un peu plus chaque jour. Quant à l’Europe, notre politique y a réduit considérablement notre influence et nos soutiens. 

dimanche 10 septembre 2017

BONS BAISERS DE JAKARTA, 1er Prix


Ce mois d'aout, le groupe FB Polar d'Espionnage a organisé son premier concours.

BONS BAISERS DE JAKARTA a remporté le premier prix 2017, devant Black$tone de Guillaume Richier et La femme de Berlin de l'auteur québécoise Pauline Vincent.

Merci à Sandrine Sageloli d'avoir organisé cet événement.

Rendez-vous en 2018 pour peut-être BONS BAISERS DE BISSAU.

vendredi 8 septembre 2017

"Vert anglais" (intégral), une nouvelle de SASSA



L’ordre est venu de tout en haut. Autorisation de tuer à l’appui. Éliminez Gramokov et récupérez les documents !

Deux des gardes du corps de l’ancien chef de section du KGB gisent déjà dans un recoin sombre du bâtiment. Divergence musclée de points de vue avec nous. Elle a plombé l’échange que l’ex-général soviétique envisageait. Son rendez-vous avec le conseiller de l’émir est remis à une date ultérieure. Le cousin du Roi n’aura pas la liste. Notre ami russe a pris la tangente et nous l’avons perdu de vue dans les méandres de ce labyrinthe. 

L’idée de Gramokov n’était pas si mauvaise. Se servir de l’agitation causée par la visite de l’émir sur le chantier de son projet pour l’an 2000, pour remettre les documents. Cela lui assurait à la fois une certaine discrétion et une bonne sécurité. L’ensemble du personnel des lieux était en ébullition. Ouvriers, ingénieurs, invités, officiels, militaires… personne ne connaissait ses voisins. Des gardes trainaient de partout, l’œil aux aguets soupçonnant tout un chacun et la nécessité d’emprunter la digue reliant l’ile artificielle à la côte interdisait d’approcher sans autorisation d’accès.

Si au départ tout ceci nous avait aidés, nos costumes de Savile Row nous ayant permis de passer inaperçus parmi les invités autour du buffet, cette compagnie trop luxueuse commençait à se retourner contre nous. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs — d’esturgeons ici — et l’on ne stoppe pas des ex-spetsnazs sans se salir un peu. Désormais, trop de poussière de ciment nous recouvre pour être honnête.

Par une baie vitrée non encore revêtue de verre, j’aperçois notre général et deux de ses gorilles qui se dirigent vers le terreplein du parking officiel. L’endroit grouille de Rolls-Royce et de limousines. Ainsi que des Men In Black qui vont avec ! Je ne comprendrai jamais cette manie qu’ont les gardes du corps de s’habiller toujours en noir… surtout dans un pays où le blanc prévaut pour les tenues. D’accord, le costume est plus pratique que la djellaba pour défourailler, mais pourquoi choisir le noir ? 

Gramokov vient de monter à bord d’un Range Rover du plus beau vert anglais. Ses sbires le suivent dans un second. Le convoi s’engage sur la digue en direction du centre-ville. 


mercredi 23 août 2017

"Vert anglais" 4/4, une nouvelle de SASSA




Un craquement bruyant accompagne la disparition du parebrise et de mon appui-tête. Le propriétaire ignorera toujours que des balles les avaient meurtris auparavant. Toutefois je doute que cela le console.

Gramokov quitte le chantier par une porte, ouverte cette fois. À nouveau, les gardes nous regardent passer l’air sidéré, à croire qu’ils n’ont jamais vu une Rolls ayant subi un relooking extrême.

De retour sur le bitume, notre Rolls, quoiqu’allégée, assure l’essentiel, elle nous maintient dans les basques de l’ex-membre du KGB.

— J’ai compris où se dirige notre homme, lancè-je à Duncan les cheveux au vent. Il faut le rattraper au plus vite.

— Je fais ce que je peux, mais je suis sidéré que cet engin roule toujours. Nous n’y arriverons pas comme ça. Je vais essayer un truc.

Il appuie sur un bouton et j’entends une série de déclics derrière nous. La capote sort de sa protection et se déploie comme une aile face au vent nous ralentissant d’un coup.

— Duncan ! C’est quoi ce truc ?


mercredi 16 août 2017

"Vert anglais" 3/4, une nouvelle de SASSA



Nous l’évitons à l’ultime seconde par la droite pendant que la police décide de prendre à gauche. Je crains qu’ils regrettent ce choix à l’issue de leur dépassement.

Usant de toute la puissance du freinage de notre carrosse, nous abandonnons une grande partie de la gomme de nos quatre pneus sur le goudron. Si dans cette somptueuse décapotable, les chevaux se montrent élégamment discrets, les disques sont diablement efficaces et nous projettent contre nos ceintures. Au dernier instant, relâchant le tout, Duncan joue du frein à main pour nous placer perpendiculairement à la route. À l’ultime seconde, écrasant l’accélérateur, il nous envoie du bon côté du rail. Enfin pas exactement, car un engin de deux tonnes ne réagit pas comme une Lamborghini de sept-cents kilos. Alors seul le sacrifice du parechoc arrière nous sauve et nous remet dans la trajectoire souhaitée. Le prince à qui nous avons emprunté la Rolls ne va pas être content — franchement pas content.

mercredi 9 août 2017

"Vert anglais" 2/4, une nouvelle de SASSA




Les deux véhicules étaient postés à la hauteur du premier carrefour en sortant de la digue. Ils nous ont pris en chasse dès que nous avons tourné à droite derrière notre ami russe. Que peuvent-ils tenter sur cet ahurissant boulevard à deux fois cinq voies ? Même dans une circulation aussi calme, une attaque en pleine ville tiendrait de l’inconscience. La police émiratie ne pardonne pas. 


— Ralentis un peu jusqu’à ce que l’un d’eux vienne à ma hauteur, Duncan.


Question ralentir, mon Lowlander ne fait pas dans la finesse et écrase d’un coup la pédale de frein. Le premier Range dans un écart sur la gauche nous évite de justesse, pendant que le deuxième se place où je l’espérais.


mercredi 2 août 2017

"Vert anglais" 1/4, une nouvelle de SASSA



L’ordre est venu de tout en haut. Autorisation de tuer à l’appui.

Éliminez Gramokov et récupérez les documents !


Deux des gardes du corps de l’ancien chef de section du KGB gisent déjà dans un recoin sombre du bâtiment. Divergence musclée de points de vue avec nous. Elle a plombé l’échange que l’ex-général soviétique envisageait. Son rendez-vous avec le conseiller de l’émir est remis à une date ultérieure. Le cousin du Roi n’aura pas la liste. Notre ami russe a pris la tangente et nous l’avons perdu de vue dans les méandres de ce labyrinthe.


L’idée de Gramokov n’était pas si mauvaise. Se servir de l’agitation causée par la visite de l’émir sur le chantier de son projet pour l’an 2000, pour remettre les documents. Cela lui assurait à la fois une certaine discrétion et une bonne sécurité. L’ensemble du personnel des lieux était en ébullition. Ouvriers, ingénieurs, invités, officiels, militaires… personne ne connaissait ses voisins. Des gardes trainaient de partout, l’œil aux aguets soupçonnant tout un chacun et la nécessité d’emprunter la digue reliant l’ile artificielle à la côte interdisait d’approcher sans autorisation d’accès.


mardi 18 juillet 2017

"Les triangles blancs", une nouvelle de SASSA



Tokyo. Fin de semaine. Circulation chargée au pied de notre immeuble, comme chaque jour. L’ascenseur panoramique nous ramène à notre étage après un petit déjeuner vite expédié. Un calme déprimant noie l’hôtel sous son ennui.  
Le rendez-vous entre l’envoyé du général Gramokov et les Yakuzas est prévu cette après-midi. L’homme doit rencontrer le Wakagashira du clan des Nakudo. L’émissaire débarquera de l’avion de Nagasaki. Son entretien avec le principal lieutenant du chef de cette organisation criminelle doit avoir lieu dans un salon de l’aéroport réservé à cet effet.
Nous allons passer les prochaines heures à fourbir nos armes dans l’attente de la fin de cette entrevue. L’homme ne doit en aucun cas repartir de Tokyo à son issue. Sa disparition, attribuée aux Yakuzas, devrait réduire à néant cette nouvelle tentative de l’ancien général soviétique.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur notre étage avec leur sempiternel ding-dong.
Au milieu du couloir, quatre très jeunes femmes se dirigent vers nous. Voilà une occupation potentielle bien plus amusante que de lubrifier du métal. Quelques années en arrière effectivement, aujourd’hui, je les trouve bien trop jeunes à mon gout.

mercredi 12 juillet 2017

"Soleil noir", une nouvelle de SASSA



Coincé entre deux hommes d’affaires dans ce vol pour Tokyo, je rêve d’un verre.

Le Japon, l’émissaire du général Gramokov y a été vu. Il prendrait des contacts avec les Yakuzas, la pègre locale. Les tractations qu’il menait avec la baronne sur la côte méditerranéenne n’ont pas abouti. Notre présence sur le domaine ne doit pas y être étrangère. La perte du colibri ne s’est pas révélée comme totalement inutile.

J’effectue de nouveau une mission avec Duncan. Mon cadet se trouve quelques sièges plus loin, lui aussi en classe affaire, restrictions budgétaires obligent.

Je me décide enfin à quitter ce siège trop étroit. Au bar, sublime représentante de sa compagnie et du pays du soleil levant, une charmante hôtesse attend esseulée derrière son comptoir. Une peau de porcelaine qui met en valeur le rouge sang de ses lèvres. Un sourire qui s’accompagne d’un léger plissement des narines. Remontant ce tendre chemin, mon regard finit sa course, noyé dans le sien.

Pris dans les rets de ses jolis yeux bridés, mon esprit dérive. Sans que je sache réellement pourquoi, un reportage me revient en mémoire. Il présentait en détail cette nouvelle génération de long-courriers. Le journaliste y insistait sur l’existence de vastes cabines-couchettes pour l’équipage. Après tant d’années de carrière, je n’ai jamais eu l’occasion de tester ce type de transports. 

mercredi 5 juillet 2017

"La baronne Vermeille", une nouvelle de SASSA



— Parlez plus bas, elle pourrait bien nous entendre.
— Allons mademoiselle Fontana, nous nous trouvons à près de 2000 mètres.
La belle Italienne qui se tient trop près de moi n’ose pas bouger. Pourtant, d’après Duncan, elle est plutôt du genre active dans l’action. Mais sans doute préfère-t-elle la douceur de la nuit à la chaleur de cette après-midi pour pratiquer un quelconque sport. À moins que Duncan ne soit parvenu à trouver quelques points sensibles auxquels je n’ai pas encore accès.
— On prétend, en ville, qu’elle est capable de noter la moindre variation dans le chant des cigales et d’en tirer toutes les conséquences.
Je me retiens de sourire quand cette jeune brune aux accents méditerranéens me glisse cela à l’oreille… mais dans ce mezza-voce je distingue une réelle inquiétude. Peut-être devrais-je la prendre plus au sérieux. Ou tout du moins, moins laisser mon esprit s’égarer pendant que mes yeux se perdent sur ses courbes avantageuses.

mercredi 28 juin 2017

"Le péril jaune", une nouvelle de SASSA



23 h 30, le garde de l’entrée ouest vient de s’effondrer sur son bureau.


Je dispose de trente minutes avant que la prochaine ronde de surveillance ne le découvre bavant, l’air béat, la joue écrasée contre le sous-main. 


Aucun risque de voir un patient ou un soignant survenir à l’improviste, cette aile de l’hôpital est réservée aux locaux administratifs. Officiellement, car en réalité elle abrite l’unité de recherche du « bon docteur », un homme bien connu pour ses liens avec les services secrets de l’Union soviétique. Un soutien fort utile qui lui a permis de faire disparaitre son dossier des archives de la Stasi lors de la chute du mur.


Hier soir, au moment de venir à bout d’une place rétive, j’ai été convoqué en urgence par le responsable du contrespionnage. Stoppé dans mon élan et abandonnant ma future conquête à sa déception, j’ai rejoint Edwin Finley, une des personnes les plus mystérieuses que j’ai rencontrée au cours de mes années au MI6. 


mercredi 21 juin 2017

Sortie de "BONS BAISERS DE JAKARTA", un roman de SASSA


https://www.amazon.fr/BONS-BAISERS-JAKARTA-SASSA-ebook/dp/B071KL2GRR/

Cette semaine, je vous propose de faire une pause dans la publication des nouvelles de "BONS BAISERS DE LONDRES" pour vous laisser découvrir "BONS BAISERS DE JAKARTA" qui sort ce jour.

"BONS BAISERS DE JAKARTA" est la suite et fin de "BONS BAISERS DE DUBAI" paru en avril 2017.

Un extrait pour vous donner une idée du style et rythme haletant du livre.



"D’autres cris proviennent du bas de l’escalier. Toutes les lumières sont maintenant allumées. On se précipite derrière moi. Enfin la coursive de la timonerie et au milieu la cabine du commandant. Sa porte s’ouvre. D’un violent coup d’épaule, je renvoie ce dernier à l’intérieur. Assommé, il ne m’embêtera plus. Partout des bruits de bottes résonnent. J’atteins la porte donnant sur l’extérieur. Un garde débouche côté plateforme hélicoptère pendant qu’un autre remonte au trot la promenade. D’un même mouvement, les deux hommes pointent leur fusil et ouvrent le feu sur une ombre volant vers des flots salvateurs. 

lundi 19 juin 2017

21 juin, Fête de la musique... mais pas que !


https://www.amazon.fr/BONS-BAISERS-JAKARTA-SASSA-ebook/dp/B071KL2GRR/

Le 21 juin est la date de sortie de "BONS BAISERS DE JAKARTA", la suite et fin de "BONS BAISERS DE DUBAI", alors pour vous faire patienter jusque là je vous propose un petit extrait, une course poursuite haletante à travers les rues de Jakarta.



Les « activistes » en question se dirigent vers nous. Négligemment, ils jouent de la batte en nous dévisageant.

— On négocie ou on résiste, demandè-je à Tom.

— On court ! me répond-il en nous montrant une rue proche.

Aussitôt nous plongeons sur le côté. Après une seconde d’hésitation, les spectres blancs se lancent à notre poursuite. La direction choisie nous met provisoirement à l’abri, mais nous éloigne de la sortie. Nous courrons derrière Tom sans nous poser de questions. Espérons que ce dernier sache où il va. Par trois fois, nous virons à angle droit. Derrière nous, les battes se trouvent encore là, leur propriétaire nullement largué. 

mercredi 14 juin 2017

"Des braises blondes", une nouvelle de SASSA



Londres s’enfonce dans une brume hivernale. 


Duncan tient fermement le volant de la Jaguar. Notre bolide vert anglais laisse rapidement derrière lui Buckingham Palace et un monde d’ectoplasmes diffus. Concentré sur le faisceau de nos phares, mon jeune collègue découpe l’ouate noire de cette nuit à la vitesse d’une couturière sous amphet. Nous nous dirigeons plein nord et l’odeur de nos terres ancestrales le motive. 


Moins de vingt minutes plus tard, Duncan range la voiture sur un parking de banlieue. Un pub écossais qu’il a découvert récemment, me glisse-t-il, l’œil brillant. 


Dans les traces de mon guide « spiritueux », je referme la porte derrière moi. L’atmosphère de la salle se révèle encore plus opaque que celle que nous venons de quitter. D’âcres fumées nous enserrent de leurs bras poisseux. Une table se dévoile soudain. Mon homme s’y laisse tomber. Un regard vers la serveuse, une Lolita mâtinée de punk, et, sans un mot échangé, une bouteille et deux verres atterrissent sur la table. Le renard des basses terres a ses habitudes dans ce terrier humide.

mercredi 7 juin 2017

"Fleur bleue", une nouvelle de SASSA



— Doit-on coucher avec toutes les femmes que l’on rencontre ? nous lance Duncan, avec un regard à la fois trouble et moqueur. 

J’aime beaucoup Duncan. Des favoris roux fournis, une carrure d’athlète, un mental d’acier et un gout immodéré pour la boisson. Un vrai Écossais ! Bien que de cinq ans mon cadet, il a appris suffisamment tôt la vie pour être de bonne compagnie.

Ce soir, nous fêtons la fin de notre période de formation à Fort Monckton. La quinzaine de gueules d’ange présentes dans le mess fixe le Strathclyde Fox, son surnom au sein de notre promotion. Nous sommes tous avides d’entendre la réponse de ce Casanova version Lowlands.  

— La question mérite d’être posée, car, ne l’oublions pas, l’homme demeure avant tout une bête de sexe. Eh oh, rêvez pas. De ces mots retenez surtout celui de bête. Chaque fois qu’on agite devant ses yeux le moindre chiffon rouge, extrêmement court ou fendu, moulant ou vaporeux — et même d’une autre couleur — il fonce tête baissée et queue dressée. Plus aucune réflexion, plus aucune inhibition. 

L’orateur balaye son auditoire avec un regard brumeux.   

— Que faire quand, comme nous, on se trouve confronté en permanence à ce risque de manipulation ? Il faut savoir élever son mental dans des sphères aussi inaccessibles à ces viles tentations que des Everest de latex le seraient pour des Etna brulants. Vous voyez l’image ?

mercredi 31 mai 2017

SASSA fait une pause dans "Bons baisers de Londres"

Eh oui cela arrive à tout le monde de se reposer. 

Lui ce fut le 7ème jour, moi c'est pour la 7ème nouvelle, alors profitez-en pour les relire et à la semaine prochaine !

Chapitre 0 : Le prologue

Chapitre 1 : La rose noire


Chapitre 2 : Le sable pourpre

Chapitre 3 : Un scots greys

Chapitre 4 : La dame blanche

Chapitre 5 : Un abricot ambré
 

 

mercredi 24 mai 2017

"Un abricot ambré", une nouvelle de SASSA



Cette nuit, je suis de permanence dans l’operation room de la base.

Un lieu de déperdition, où il n’est pas question d’y tromper l’immense ennui qui l’habite avec le moindre verre. Pas même un simple Old Fashioned, qui pourtant, pour un Écossais, tient à peine du bol de lait fermenté. Satanées têtes de lard d’Anglais qui ne veulent pas l’admettre. 

Soyons positifs, cette pièce possède certaines qualités propres. Son atmosphère filtrée à l’extrême préserve les poumons de ses occupants. Le claquement sec de ses téléscripteurs berce en douceur les oreilles fatiguées. L’éclairage froid de ses néons repose des yeux trop souvent agressés. Des qualités toutefois trop propres après cette dure journée de formation à Fort Monckton. 

mercredi 17 mai 2017

"La poudre noire", une nouvelle de SASSA



J’entre et ferme la porte derrière moi.

Le chef du Secret Royal Protection Group se tient seul dans la pièce. Debout devant la fenêtre, il me tourne le dos. Le Majordome, comme tout le monde le surnomme, regarde le jardin du palais que le givre fait briller dans ce soleil matinal.

— Déposez votre badge et votre arme sur mon bureau, Angus.

— Je connais la musique, monsieur.

— Vous ne croyez pas si bien dire, me répond-il en se retournant enfin.

Le grand escogriffe qui a organisé ma vie ces deux dernières années se dirige vers son siège et s’y assoit comme au ralenti. L’homme me dévisage avec un étrange sourire, d’autant plus étrange qu’il n’est pas coutumier du fait. 

mercredi 10 mai 2017

"La dame blanche", une nouvelle de SASSA



— Pensez-vous être celui qui arrivera à ne pas perdre la boule, Mac Alister ? me demande pince-sans-rire l’homme.

Ces dernières semaines, malédictions et imprécations se sont entrechoquées dans ma tête. Satanée Dame de fer, satanée politique budgétaire et satanés de satanés de satanés comptables des ministères. Le MI6 s’éloignait, pourtant il n’était pas question que je rejoigne mon illustre régiment. 

Mon supérieur le savait bien, lui qui tentait par tous les moyens de ne pas me voir partir dans le civil. Sa dernière offre ne manquait pas de sel : l’absence d’argent public m’ayant fermé la porte des services secrets de Sa Majesté, pourquoi ne pas bénéficier des fonds spéciaux pour entrouvrir celle d'un discret service auprès de Sa Majesté ? Sous des dehors austères, cet officier dissimulait un humour des plus retors. Pas forcément surprenant chez un Gallois, mais tout de même.

mercredi 3 mai 2017

"Un Scots Greys", une nouvelle de SASSA



Voilà cinq ans déjà que je suis à Belfast en disponibilité au sein du 22ème, l’unité du SAS.

Une période longue, bien trop longue. Le temps est venu de réintégrer mon régiment, le Royal Scots Dragoon Guards, l’illustre descendant des Royal Scots Greys de Waterloo. Comme mon père, mon grand-père et tous ses ancêtres, je dois y accomplir mon devoir avec honneur. Une tradition familiale faite de portraits qui depuis près de 400 ans habillent petit à petit tous les murs du riche castel de notre clan.


mercredi 26 avril 2017

"Le sable pourpre", une nouvelle de SASSA



Pour donner la mort, on doit l’accepter. Pas seulement la sienne, mais aussi celle de ses proches. Peut-être, surtout celle de ses proches. Nul ne sait comment il va réagir. Je ne suis guère différent des autres sur ce point.

Ce soir d’été, je cours sur la plage. L’effort fait oublier bien des choses et les journées des SAS en Irlande ne sont pas tendres, sans parler de nos nuits. 

Au détour d’un rocher, elle surgit à une dizaine de mètres devant moi. Elle aussi parcourt le sable léché par les vagues. Ses longues foulées l’amènent vers moi. Ses cheveux rouge feu volent dans le vent. Son visage tout de taches de rousseur et de gouttes de sueur m’éblouit. Son regard vert plante un dard brulant dans mon cœur.

Aucun de nous ne s’arrête. Nous nous éloignons, elle restera une image fugitive, sans doute la plus belle que je ramènerai de cette terre démente. 


mercredi 19 avril 2017

"La rose noire", une nouvelle de SASSA




L’entrée du pub se découpe dans la lunette de mon fusil de précision.
 

Jeune soldat à l’avenir prometteur, j’ai été mis à la disposition du Special Air Service, les forces spéciales britanniques, à Belfast. Notre mission consiste à protéger la fragile trêve annoncée il y a quelques mois. Notre stratégie, éliminer tous ceux qui s’y opposent. Nous essayons de maintenir la paix dans un univers de violence que nous-mêmes créons, une absurdité. 


Vers 17 heures, nous avons quitté notre casernement. Ce vieux fort qui domine la mer convient tout à fait aux sinistres opérations secrètes que nous menons. 


Nous sommes maintenant en place. Trois d’entre nous se cachent sur le toit d’un immeuble en briques d’un des fiefs loyalistes de la ville. Le quatrième couvre nos arrières, dissimulé dans notre Land Rover sombre. 


vendredi 14 avril 2017

Bons baisers de Londres, prologue. Une nouvelle de SASSA



Le soleil s’éteint sur la Tamise.

Une luxueuse Aston Martin Lagonda franchit le Vauxhall Bridge. À l’arrière du véhicule blindé, l’homme n’ose pas tourner la tête. Il ne veut pas regarder ce bâtiment de béton gris aux vitres vert foncé qu’il quitte pour la dernière fois.

Il aurait tant aimé que le brouillard noie la ville à cet instant, que sa dernière sortie soit discrète, mais le ciel est clair comme rarement à Londres.

Peut-être doit-il voir dans cette lumière qui éclaire la soirée, ce renouveau qu’il a apporté à cette institution qu’il laisse le devoir accompli. Grâce à lui, les nuages qui obstruaient son avenir se sont écartés et chaque jour la façade de ce majestueux building brille tel un phare dans Londres.

jeudi 13 avril 2017

Bons baisers de Londres, un recueil de nouvelles de SASSA



« Bons baisers de Londres » est un recueil de nouvelles centrées sur Sir Angus MacAlister, alias Angus Young.

Elles dévoilent les aventures de celui-ci durant ses 40 années au service de Sa Majesté.

À partir du 19 avril, semaine après semaine, je vous propose de vous les faire découvrir ici.

N’hésitez pas à réagir, voire même à interagir avec celles-ci.

Bonne lecture.