mercredi 20 septembre 2017

"Une trajectoire dorée", une nouvelle de SASSA



Quel parcours depuis l’Irlande !

Hier soir, le Premier ministre a confirmé ma nomination. Je suis le deuxième écossais à occuper ce bureau. 

J’aime la vue depuis cette fenêtre. Elle donne sur la nuit toujours brumeuse du cœur de Londres. Des lampadaires aux formes hors du temps y brillent tels des phares qui guident la barque de notre destinée.

La table en acajou et cuir burgundy vert de mon prédécesseur est restée là. Ces années ne prêtent guère aux dépenses inutiles. J’ai posé dessus un cadre au centre duquel est fixée une disquette informatique, unique souvenir de mon passé. À présent, seul l’avenir m’intéresse. 

Des ennemis nous guettent de toute part. La Russie n’a pas disparu. Le dragon chinois déploie ses ailes. Les États-Unis nous abandonnent un peu plus chaque jour. Quant à l’Europe, notre politique y a réduit considérablement notre influence et nos soutiens. 

dimanche 10 septembre 2017

BONS BAISERS DE JAKARTA, 1er Prix


Ce mois d'aout, le groupe FB Polar d'Espionnage a organisé son premier concours.

BONS BAISERS DE JAKARTA a remporté le premier prix 2017, devant Black$tone de Guillaume Richier et La femme de Berlin de l'auteur québécoise Pauline Vincent.

Merci à Sandrine Sageloli d'avoir organisé cet événement.

Rendez-vous en 2018 pour peut-être BONS BAISERS DE BISSAU.

vendredi 8 septembre 2017

"Vert anglais" (intégral), une nouvelle de SASSA



L’ordre est venu de tout en haut. Autorisation de tuer à l’appui. Éliminez Gramokov et récupérez les documents !

Deux des gardes du corps de l’ancien chef de section du KGB gisent déjà dans un recoin sombre du bâtiment. Divergence musclée de points de vue avec nous. Elle a plombé l’échange que l’ex-général soviétique envisageait. Son rendez-vous avec le conseiller de l’émir est remis à une date ultérieure. Le cousin du Roi n’aura pas la liste. Notre ami russe a pris la tangente et nous l’avons perdu de vue dans les méandres de ce labyrinthe. 

L’idée de Gramokov n’était pas si mauvaise. Se servir de l’agitation causée par la visite de l’émir sur le chantier de son projet pour l’an 2000, pour remettre les documents. Cela lui assurait à la fois une certaine discrétion et une bonne sécurité. L’ensemble du personnel des lieux était en ébullition. Ouvriers, ingénieurs, invités, officiels, militaires… personne ne connaissait ses voisins. Des gardes trainaient de partout, l’œil aux aguets soupçonnant tout un chacun et la nécessité d’emprunter la digue reliant l’ile artificielle à la côte interdisait d’approcher sans autorisation d’accès.

Si au départ tout ceci nous avait aidés, nos costumes de Savile Row nous ayant permis de passer inaperçus parmi les invités autour du buffet, cette compagnie trop luxueuse commençait à se retourner contre nous. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs — d’esturgeons ici — et l’on ne stoppe pas des ex-spetsnazs sans se salir un peu. Désormais, trop de poussière de ciment nous recouvre pour être honnête.

Par une baie vitrée non encore revêtue de verre, j’aperçois notre général et deux de ses gorilles qui se dirigent vers le terreplein du parking officiel. L’endroit grouille de Rolls-Royce et de limousines. Ainsi que des Men In Black qui vont avec ! Je ne comprendrai jamais cette manie qu’ont les gardes du corps de s’habiller toujours en noir… surtout dans un pays où le blanc prévaut pour les tenues. D’accord, le costume est plus pratique que la djellaba pour défourailler, mais pourquoi choisir le noir ? 

Gramokov vient de monter à bord d’un Range Rover du plus beau vert anglais. Ses sbires le suivent dans un second. Le convoi s’engage sur la digue en direction du centre-ville. 


mercredi 23 août 2017

"Vert anglais" 4/4, une nouvelle de SASSA




Un craquement bruyant accompagne la disparition du parebrise et de mon appui-tête. Le propriétaire ignorera toujours que des balles les avaient meurtris auparavant. Toutefois je doute que cela le console.

Gramokov quitte le chantier par une porte, ouverte cette fois. À nouveau, les gardes nous regardent passer l’air sidéré, à croire qu’ils n’ont jamais vu une Rolls ayant subi un relooking extrême.

De retour sur le bitume, notre Rolls, quoiqu’allégée, assure l’essentiel, elle nous maintient dans les basques de l’ex-membre du KGB.

— J’ai compris où se dirige notre homme, lancè-je à Duncan les cheveux au vent. Il faut le rattraper au plus vite.

— Je fais ce que je peux, mais je suis sidéré que cet engin roule toujours. Nous n’y arriverons pas comme ça. Je vais essayer un truc.

Il appuie sur un bouton et j’entends une série de déclics derrière nous. La capote sort de sa protection et se déploie comme une aile face au vent nous ralentissant d’un coup.

— Duncan ! C’est quoi ce truc ?