mardi 18 juillet 2017

"Les triangles blancs", une nouvelle de SASSA



Tokyo. Fin de semaine. Circulation chargée au pied de notre immeuble, comme chaque jour. L’ascenseur panoramique nous ramène à notre étage après un petit déjeuner vite expédié. Un calme déprimant noie l’hôtel sous son ennui.  
Le rendez-vous entre l’envoyé du général Gramokov et les Yakuzas est prévu cette après-midi. L’homme doit rencontrer le Wakagashira du clan des Nakudo. L’émissaire débarquera de l’avion de Nagasaki. Son entretien avec le principal lieutenant du chef de cette organisation criminelle doit avoir lieu dans un salon de l’aéroport réservé à cet effet.
Nous allons passer les prochaines heures à fourbir nos armes dans l’attente de la fin de cette entrevue. L’homme ne doit en aucun cas repartir de Tokyo à son issue. Sa disparition, attribuée aux Yakuzas, devrait réduire à néant cette nouvelle tentative de l’ancien général soviétique.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur notre étage avec leur sempiternel ding-dong.
Au milieu du couloir, quatre très jeunes femmes se dirigent vers nous. Voilà une occupation potentielle bien plus amusante que de lubrifier du métal. Quelques années en arrière effectivement, aujourd’hui, je les trouve bien trop jeunes à mon gout.

mercredi 12 juillet 2017

"Soleil noir", une nouvelle de SASSA



Coincé entre deux hommes d’affaires dans ce vol pour Tokyo, je rêve d’un verre.

Le Japon, l’émissaire du général Gramokov y a été vu. Il prendrait des contacts avec les Yakuzas, la pègre locale. Les tractations qu’il menait avec la baronne sur la côte méditerranéenne n’ont pas abouti. Notre présence sur le domaine ne doit pas y être étrangère. La perte du colibri ne s’est pas révélée comme totalement inutile.

J’effectue de nouveau une mission avec Duncan. Mon cadet se trouve quelques sièges plus loin, lui aussi en classe affaire, restrictions budgétaires obligent.

Je me décide enfin à quitter ce siège trop étroit. Au bar, sublime représentante de sa compagnie et du pays du soleil levant, une charmante hôtesse attend esseulée derrière son comptoir. Une peau de porcelaine qui met en valeur le rouge sang de ses lèvres. Un sourire qui s’accompagne d’un léger plissement des narines. Remontant ce tendre chemin, mon regard finit sa course, noyé dans le sien.

Pris dans les rets de ses jolis yeux bridés, mon esprit dérive. Sans que je sache réellement pourquoi, un reportage me revient en mémoire. Il présentait en détail cette nouvelle génération de long-courriers. Le journaliste y insistait sur l’existence de vastes cabines-couchettes pour l’équipage. Après tant d’années de carrière, je n’ai jamais eu l’occasion de tester ce type de transports. 

mercredi 5 juillet 2017

"La baronne Vermeille", une nouvelle de SASSA



— Parlez plus bas, elle pourrait bien nous entendre.
— Allons mademoiselle Fontana, nous nous trouvons à près de 2000 mètres.
La belle Italienne qui se tient trop près de moi n’ose pas bouger. Pourtant, d’après Duncan, elle est plutôt du genre active dans l’action. Mais sans doute préfère-t-elle la douceur de la nuit à la chaleur de cette après-midi pour pratiquer un quelconque sport. À moins que Duncan ne soit parvenu à trouver quelques points sensibles auxquels je n’ai pas encore accès.
— On prétend, en ville, qu’elle est capable de noter la moindre variation dans le chant des cigales et d’en tirer toutes les conséquences.
Je me retiens de sourire quand cette jeune brune aux accents méditerranéens me glisse cela à l’oreille… mais dans ce mezza-voce je distingue une réelle inquiétude. Peut-être devrais-je la prendre plus au sérieux. Ou tout du moins, moins laisser mon esprit s’égarer pendant que mes yeux se perdent sur ses courbes avantageuses.

mercredi 28 juin 2017

"Le péril jaune", une nouvelle de SASSA



23 h 30, le garde de l’entrée ouest vient de s’effondrer sur son bureau.


Je dispose de trente minutes avant que la prochaine ronde de surveillance ne le découvre bavant, l’air béat, la joue écrasée contre le sous-main. 


Aucun risque de voir un patient ou un soignant survenir à l’improviste, cette aile de l’hôpital est réservée aux locaux administratifs. Officiellement, car en réalité elle abrite l’unité de recherche du « bon docteur », un homme bien connu pour ses liens avec les services secrets de l’Union soviétique. Un soutien fort utile qui lui a permis de faire disparaitre son dossier des archives de la Stasi lors de la chute du mur.


Hier soir, au moment de venir à bout d’une place rétive, j’ai été convoqué en urgence par le responsable du contrespionnage. Stoppé dans mon élan et abandonnant ma future conquête à sa déception, j’ai rejoint Edwin Finley, une des personnes les plus mystérieuses que j’ai rencontrée au cours de mes années au MI6.