vendredi 22 février 2019

J - 183 El condor pasa


J - 182

El condor pasa.

Imposant pli du coup à la base de son crane chauve, nez crochu très court et épaules toujours voutées, on l’appelle Condor. Depuis un moment, ses petits yeux noirs se rétrécissent jusqu’à paraitre clos. Le sommeil semble l’avoir maintenant emporté. Soudain il se redresse et déploie ses deux grandes ailes. Il fond toutes serres dehors. Derrière ses lunettes en métal doré, son regard acéré parcourt son jeu. Un sourire monte à ses lèvres. Sa carte s’abat sur la table en bois ciré. Précise et victorieuse. Puis avec la même soudaineté, cet oiseau de proie replonge dans une nouvelle phase de sommeil. Les vrais tueurs ne le paraissent jamais.

Série de portraits volés de la fin du monde.

jeudi 21 février 2019

J - 184 Le pasteur


J - 184

Le pasteur

- La vie n’est rien sans la mort. Ah la vaste blague ! Il faut être jeune et insouciant pour oser proférer de telles inepties. La mort est parfois préférable à certaines vies, mais on ne vit pas mieux en sachant que celle-ci a une fin. Au contraire, mieux on vit, plus on veut vivre !

L’homme se sert de sa carte de crédit platinium pour réaliser trois lignes de poudre blanche sur la table basse devant lui.

- Allez les filles, vivez ! lance-t-il aux trois écervelées qui partagent son box dans cette boite de nuit branchée.

Quelques heures plus tard, un serveur les découvrira dans une voiture garée dans la ruelle sordide derrière l’établissement, la gorge tranchée.

- Décidément, elles n’écoutent jamais, murmurera au même moment l’homme à la carte platinium en refermant doucement la porte de son appartement pour ne pas réveiller sa femme, je leur ai pourtant dit que la mort est préférable à certaines vies.

mercredi 20 février 2019

J - 185 La machine à perdre


J - 185

La machine à perdre

- Serons-nous prêts à temps ?
- Oui, tout est déjà opérationnel.
- Ne trouvez-vous pas cela fascinant ?
- Quoi donc ?
- Que nos ancêtres l’aient prévu plusieurs milliers d’années à l’avance !
- Peut-être…
- Moi, cela me laisse toujours sans voix.
- Il est dommage que nous le soyons bientôt tous à cause de tout ça.

L’homme qui vient de parler a le regard qui s’égare dans le vague.

Son voisin a sursauté en entendant ces mots. Comment peut-on oser des paroles si iconoclastes ?

Es-tu donc à ce point aveugle, que tu ne voies pas en tout cela l’immense preuve de notre échec ? hurle dans sa tête le premier, ses yeux toujours perdus dans le néant.

mardi 19 février 2019

J - 186 Horus



J - 186

Horus

Enfin, il était temps. Comment ai-je pu douter ? Il répond toujours sans attendre à mes appels. C’est bien le seul.

Jamais le Grand-Prêtre qui l’observe ne sera sincèrement aussi prompt. C’est vrai qu’il se déplacerait, comment pourrait-il faire autrement ? Quoique ces derniers temps, je lise parfois dans ses yeux des envies de meurtres, oserait-il s’attaquer à ma personne ?

Comme dans ces regards qu’il lance plein de haine dans le dos de mon Directeur des choses scellées. Des poignards acérés !

L’heure est venue de me confier à mon humble et à la fois fier… serviteur, non, ami.

Il y a sept nuits, Horus m’est apparu. Moi, Pharaon, je dois suivre son conseil.